Donnée de référence · 8 juillet 2026
Décote des passoires : ce que montrent 610 000 ventes appariées
Sur 610 004 ventes appariées à l'adresse exacte avec le diagnostic du logement vendu, une maison classée G se vend 16,4 % moins cher au mètre carré qu'une maison D située au même endroit, contre 5,7 % pour un appartement G : en collectif, l'emplacement absorbe une large part de la sanction énergétique.
La mesure porte sur les ventes 2022-2026 de la France entière. Nous en donnons ici la lecture qui vaut pour un marché très majoritairement collectif : c'est la colonne « appartement » qui décrit le bien francilien courant, et c'est la plus prudente des deux.
Écrit par Paul Arrial · Co-fondateur de FutureFrame · Expert investissement immobilier
Écart de prix au mètre carré par étiquette, à localisation comparable
| Classe | Maison | Appartement |
|---|---|---|
| A | +22,2 % | +37,7 % |
| B | +17,6 % | +20,7 % |
| C | +7,9 % | +12,5 % |
| D | référence | référence |
| E | -6,4 % | -4,1 % |
| F | -13,0 % | -6,5 % |
| G | -16,4 % | -5,7 % |
- Lecture : à code postal et à année de vente constants, un appartement F se vend en médiane 6,5 % moins cher au mètre carré qu'un appartement D du même secteur.
- Méthode : chaque vente est rapprochée d'un diagnostic à l'adresse exacte (commune, voie, numéro), même type de bien, surface à 10 % près, diagnostic établi dans les douze mois précédant la vente. 610 004 ventes ont pu être appariées, dont 425 796 sans aucune ambiguïté ; seules ces dernières alimentent le calcul.
- Périmètre : France entière, ventes 2022-2026. La mesure situe un ordre de grandeur national, elle ne remplace pas l'estimation d'un bien précis.
- L'écart appartement G ressort légèrement au-dessus de l'écart F, sur 5 513 ventes : la différence n'est pas significative. Les valeurs brutes sont publiées ici plutôt qu'une courbe lissée.
Ce que l'écart pèse en euros sur un appartement de 60 mètres carrés
| Prix au m² d'un D comparable | Valeur d'un D | Valeur d'un F | Valeur d'un G |
|---|---|---|---|
| 5 000 € | 300 000 € | 280 500 € | 282 900 € |
| 7 000 € | 420 000 € | 392 700 € | 396 100 € |
| 10 000 € | 600 000 € | 561 000 € | 565 800 € |
- Les prix au mètre carré de la première colonne sont des hypothèses de lecture, pas des relevés : substituez le prix de votre secteur.
- Écarts appliqués : 6,5 % pour un F et 5,7 % pour un G, valeurs brutes du tableau précédent. Ces deux colonnes ne se distinguent pas statistiquement : lisez-les comme un même ordre de grandeur.
Comment l'écart est établi
Le point de départ est le registre des transactions immobilières publié par l'administration fiscale, qui donne le prix, la date, la surface et l'adresse de chaque vente. Ce registre ignore la performance énergétique. Le registre des diagnostics, publié par l'ADEME, donne l'étiquette mais pas le prix. Les croiser suppose de retrouver, pour une vente donnée, le diagnostic qui la concerne, et lui seul.
L'appariement est donc volontairement sévère : même commune, même voie, même numéro, même type de bien, surface cohérente à 10 % près, diagnostic établi dans les douze mois précédant la vente. Sur 610 004 rapprochements possibles, 425 796 ne laissent aucune ambiguïté, c'est-à-dire qu'une seule correspondance existe. Seuls ceux-là alimentent le calcul.
L'écart est ensuite mesuré à code postal et à année de vente constants, puis agrégé en pondérant par le nombre de ventes. Cette précaution évite le piège principal du sujet : les logements mal classés ne sont pas répartis au hasard sur le territoire, et comparer un G de province à un D parisien ne mesurerait que la géographie.
Pourquoi la sanction est plus douce sur un appartement
L'écart maison est deux à trois fois supérieur à l'écart appartement dans le bas de l'échelle. Trois raisons se cumulent. En collectif, l'emplacement pèse davantage dans la formation du prix : la ligne de métro, l'école et le commerce comptent plus que la note énergétique. Ensuite, l'acquéreur d'un appartement sait que les travaux d'enveloppe relèvent de l'assemblée générale et non de lui seul, ce qui rend la décote plus difficile à négocier. Enfin, un appartement est protégé par ses voisins du dessus, du dessous et de côté, si bien que l'écart de consommation réel entre deux étiquettes voisines y est plus faible qu'entre deux maisons.
Le haut de l'échelle raconte l'inverse. Un appartement classé A se vend 37,7 % plus cher au mètre carré qu'un D comparable, contre 22,2 % pour une maison. Ce chiffre décrit surtout un effet de composition : les appartements les mieux classés sont pour l'essentiel des logements neufs, livrés dans des programmes récents, avec tout ce que cela emporte d'autre que la performance énergétique. À manier avec prudence, donc, comme un signal de segment plutôt que comme une prime d'étiquette.
Ce que l'interdiction de louer ajoute à la décote
Les écarts ci-dessus décrivent un marché de la vente. Ils ne mesurent pas ce qui se joue en parallèle sur le marché locatif, où un logement classé G ne peut plus être proposé à la location depuis le 1er janvier 2025, un logement F ne le pourra plus au 1er janvier 2028, et un logement E au 1er janvier 2034.
Pour un investisseur, l'étiquette ne pèse donc pas seulement sur le prix d'achat : elle décide si le bien produit un loyer. Dans une région où l'agglomération est classée en zone tendue, un logement qui sort du marché locatif ne se reloue pas ailleurs, et son propriétaire n'a que deux issues, engager des travaux ou vendre. Cette contrainte se lit dans les négociations bien avant de se lire dans les statistiques de prix.
C'est aussi ce qui explique la concentration des passoires mises en vente à l'approche de chaque échéance : le calendrier crée un flux de vendeurs contraints, et un flux de vendeurs contraints pèse sur les prix indépendamment de la performance du logement lui-même.
Ce que la mesure ne dit pas
Elle ne dit pas ce que vaut votre bien. Un écart médian national, même mesuré à localisation comparable, recouvre des situations très dispersées : la même étiquette ne se négocie pas de la même façon dans un marché tendu et dans un marché détendu, ni dans un immeuble qui a voté des travaux et dans un immeuble bloqué.
Elle ne dit pas non plus l'ampleur exacte de la décote. Les appariements résiduels imparfaits tirent mécaniquement les écarts vers zéro : nos chiffres sont des estimations prudentes. Les études notariales situent d'ailleurs la décote des maisons F et G au-dessus de la nôtre, ce qui va dans le même sens sans le contredire.
Enfin, elle ne dit rien de la rentabilité des travaux. Passer d'un G à un C améliore la valeur, lève la contrainte locative et réduit la facture d'énergie, mais le coût du chantier ne se déduit d'aucune de ces trois grandeurs. Un audit énergétique, exigé de toute façon à la vente d'un logement E, F ou G en monopropriété, est le document qui répond à cette question.
À retenir
- Le prix au mètre carré décroît de A à G à localisation comparable, maison comme appartement : la valeur verte se lit dans les actes de vente, pas seulement dans les discours.
- Une maison passoire perd 13 à 16 % de sa valeur au mètre carré face à une D comparable ; un appartement de 4 à 7 %, l'emplacement absorbant l'essentiel de la sanction en collectif.
- Ces écarts décrivent la vente. Sur le marché locatif, l'étiquette ne fait pas baisser le loyer : au terme du calendrier, elle l'interdit.
Questions fréquentes
Comment le croisement entre ventes et diagnostics est-il réalisé ?
Chaque vente enregistrée entre 2022 et 2026 est rapprochée d'un diagnostic à l'adresse exacte : même commune, même voie, même numéro, même type de bien, surface cohérente à 10 % près, et diagnostic établi dans les douze mois précédant la vente. 610 004 ventes ont pu être appariées, dont 425 796 sans aucune ambiguïté. Seuls ces appariements uniques alimentent le calcul, mené à code postal et à année de vente constants.
Un appartement classé G perd-il vraiment moins de valeur qu'une maison G ?
Oui, et l'écart est net : 5,7 % contre 16,4 % face à un logement D comparable. Trois facteurs l'expliquent. L'emplacement pèse davantage dans le prix d'un appartement, les travaux d'enveloppe dépendent d'une décision collective que l'acquéreur ne maîtrise pas, et la mitoyenneté réduit l'écart de consommation réel entre deux étiquettes voisines.
Ces écarts valent-ils pour l'Île-de-France ?
Ils sont mesurés sur la France entière et fournissent un ordre de grandeur, pas une grille régionale. La colonne « appartement » est celle qui décrit le bien francilien courant. Une nuance à garder en tête : la décote se creuse dans les marchés détendus et s'atténue là où la rareté du foncier fait passer l'étiquette au second plan, ce qui joue plutôt dans le sens d'écarts contenus en zone dense.
Ces chiffres concordent-ils avec les études notariales ?
Sur les maisons classées E et F, oui : deux méthodes indépendantes convergent. Sur les maisons classées G et sur les appartements, nos écarts restent inférieurs à ceux publiés par les notaires. La raison est méthodologique : les appariements résiduels imparfaits rapprochent mécaniquement le résultat de zéro, ce qui fait de nos chiffres une borne basse.
Pour aller plus loin
- Passoire thermiqueLogement classé F ou G : son loyer est gelé et sa mise en location s'éteint par étapes entre 2025 et 2028.
- Valeur verteÉcart de prix observé entre deux logements comparables qui ne diffèrent que par leur classe au DPE.
- Étiquette énergieLettre de A à G attribuée par le DPE, retenue au plus défavorable des deux seuils : énergie primaire et émissions de gaz à effet de serre.
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Sources
Données IDF Diag : base ADEME Observatoire DPE-Audit, Licence Etalab 2.0. Chiffres du millésime indiqué, arrêtés au 8 juillet 2026 ; la page est revue à chaque nouveau millésime.